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Révolution en psychiatrie : la découverte des neuroleptiques

Illustration d’un cerveau lumineux en activité, représenté dans une tête humaine en profil, avec des flux d’énergie et de données symbolisant l’évolution des connaissances médicales et des approches thérapeutiques

Les neuroleptiques ont transformé la psychiatrie moderne

La découverte des neuroleptiques constitue l’une des plus grandes avancées de la psychiatrie moderne. Beaucoup de spécialistes la comparent à celle des antibiotiques en médecine générale. En effet, l’arrivée de la chlorpromazine au début des années 1950 a profondément changé la prise en charge des personnes atteintes de schizophrénie et d’autres psychoses sévères. Pour la première fois, les médecins disposaient d’un traitement capable d’agir directement sur les hallucinations, les délires et l’agitation.

Avant les neuroleptiques : des traitements très limités

Avant les années 1950, les possibilités de traiter les psychoses restaient extrêmement réduites. À cette époque, la schizophrénie portait encore le nom de « démence précoce ». Les personnes touchées étaient souvent hospitalisées durant de nombreuses années dans des établissements psychiatriques, parfois dans des conditions particulièrement difficiles.

Les médecins utilisaient plusieurs traitements, parmi lesquels :

les sédatifs, notamment les barbituriques ;
les cures de sommeil ;
l’électroconvulsivothérapie (ECT), toujours utilisée aujourd’hui mais dans un cadre beaucoup plus sécurisé ;
l’insulinothérapie, qui provoquait des comas hypoglycémiques ;
la lobotomie, une intervention neurochirurgicale aujourd’hui abandonnée.

Ces méthodes pouvaient parfois réduire certains symptômes. En revanche, elles n’agissaient pas directement sur les hallucinations ou les délires.

La découverte de la chlorpromazine marque un tournant

L’histoire de la chlorpromazine débute en France entre 1950 et 1952. Le chirurgien militaire et anesthésiste Henri Laborit remarque qu’une nouvelle molécule apaise fortement les patients sans les endormir complètement.

Peu après, les psychiatres Jean Delay et Pierre Deniker testent ce médicament chez des patients souffrant de psychoses. Les résultats dépassent les attentes. Les hallucinations diminuent, les délires s’atténuent et l’agitation recule nettement.

Cette découverte marque la naissance de la psychopharmacologie moderne.

Pourquoi parle-t-on de neuroleptiques ?

Le mot « neuroleptique » provient du grec neuron (nerf) et lepsis (saisir). Il signifie littéralement « qui agit sur le système nerveux ».

Les premiers traitements provoquaient souvent une diminution importante de l’agitation. Ils entraînaient également un ralentissement moteur et une certaine indifférence émotionnelle. Ces effets ont conduit les psychiatres à employer le terme de « neuroleptique ».

Une révolution pour les soins psychiatriques

Entre les années 1950 et 1970, les neuroleptiques transforment durablement la psychiatrie. Grâce à ces traitements, de nombreux patients peuvent quitter l’hôpital, retrouver une vie sociale et bénéficier d’hospitalisations plus courtes.

Durant cette période apparaissent également plusieurs autres médicaments, comme l’halopéridol, la fluphénazine ou encore la thioridazine. Aujourd’hui, ces traitements appartiennent à la première génération des antipsychotiques, aussi appelés antipsychotiques typiques.

La dopamine au cœur des recherches

Dans les années 1960 et 1970, les chercheurs découvrent que les neuroleptiques bloquent principalement certains récepteurs de la dopamine.

Cette avancée conduit à l’hypothèse dopaminergique de la schizophrénie. Selon cette théorie, une activité excessive de la dopamine dans certaines zones du cerveau participerait à l’apparition des symptômes psychotiques. Même si cette hypothèse ne permet pas d’expliquer l’ensemble de la maladie, elle reste aujourd’hui un élément majeur de la recherche.

La clozapine puis les antipsychotiques atypiques

Dans les années 1970, la clozapine ouvre une nouvelle étape. Elle provoque généralement moins de troubles moteurs et montre une efficacité chez certains patients résistants aux autres traitements. Malgré un effet secondaire rare mais grave nécessitant une surveillance sanguine régulière, elle demeure aujourd’hui une référence pour certaines formes de schizophrénie.

À partir des années 1990, une nouvelle génération de traitements apparaît, notamment la rispéridone, l’olanzapine, la quétiapine et l’aripiprazole.

Le terme « antipsychotique » remplace progressivement celui de « neuroleptique », car ces médicaments présentent un mode d’action plus diversifié et provoquent moins souvent les effets caractéristiques des anciens traitements.

Les antipsychotiques aujourd’hui

Les antipsychotiques sont désormais utilisés pour traiter :

  • La schizophrénie
  • Certains troubles bipolaires
  • Les épisodes psychotiques
  • Certaines dépressions résistantes, en complément d’autres traitements ;
    d’autres indications spécifiques selon les situations.

Grâce à ces médicaments, les hospitalisations de longue durée ont fortement diminué. De nombreux patients peuvent reprendre leurs études, retrouver un emploi ou maintenir une vie sociale satisfaisante. Ces résultats restent toutefois étroitement liés à un diagnostic précoce, à un traitement adapté ainsi qu’à un accompagnement psychologique et psychosocial.

Les défis de demain

Les chercheurs poursuivent leurs travaux afin d’améliorer encore les traitements. Les principaux objectifs consistent à mieux prendre en charge les troubles cognitifs persistants, limiter les effets indésirables — comme la prise de poids, le diabète, les maladies cardiovasculaires, la somnolence ou certains effets neurologiques — et favoriser une meilleure observance grâce aux outils numériques.

À terme, la personnalisation des traitements devrait permettre une prise en charge toujours plus adaptée aux besoins de chaque patient.

Repères chronologiques

Avant 1950 : aucun traitement antipsychotique réellement efficace.
1952 : découverte de la chlorpromazine.
1958 : développement de l’halopéridol.
>Années 1960-1970 : découverte du rôle de la dopamine.
>Années 1970 : arrivée de la clozapine.
>Années 1990 : développement des antipsychotiques atypiques.
Depuis les années 2000 : nouvelles molécules, traitements injectables de longue durée et prise en charge de plus en plus personnalisée.

Pour en savoir plus sur la schizophrénie et les traitements disponibles, consultez le site de l’Organisation mondiale de la Santé 

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D.B